Plagiocéphalie et Kinésithérapie : Evidence Based Practice et Algorithme de Prise en Charge

Rapport de Conférence du 13 Avril 2018 - M. Benoit CHEVALIER, Luciole Formation

Guillaume COLLET

Kinésithérapeute Pédiatrique D.E. - Rouen

Les Recommandations de la HAS (MAJ Mars 2020)

Après de nombreux mois de travail, la HAS a publié des recommandations en Mars 2020 vis à vis des déformations crâniennes du nourrisson (plagiocéphalie / brachycéphalie) ; ces dernières recoupent largement cette conférence, et viennent valider officiellement son propos.

 

Quelques points clés

➡️ Force est de constater que la Kinésithérapie est largement mentionnée, et que son rôle est primordial dans la Prise en charge de la Plagiocéphalie.

➡️ Les déformations crâniennes positionnelles (plagiocéphalies, brachycéphalies), méritent une attention particulière, et ne doivent aucunement être banalisées ou négligées.

➡️ Nous avons des armes préventives pour en réduire la fréquence comme la sévérité, et des armes curatives pour les traiter, ici bien mises en valeur, le tout dans un profond respect du confort de l’enfant et de son développement psycho-moteur.

❗️“Le couchage à plat sur le dos strict pour le sommeil est recommandé pour prévenir la mort inattendue du nourrisson (MIN). Le principal facteur de risque de la MIN est le couchage en position ventrale”

❗️“Le principal facteur de risque des déformations crâniennes positionnelles (DCP) est la limitation de la motricité libre et spontanée du nourrisson par défaut de mobilité propre ou par contrainte environnementale externe

❗️“L’examen clinique est habituellement suffisant pour poser le diagnostic de DCP. L’imagerie est rarement nécessaire”

 “Dans les DCP constituées associées à un défaut de mobilité cervicale, l’association précoce de recommandations positionnelles et de kinésithérapie à orientation pédiatrique est l’intervention de choix.”

 “La kinésithérapie doit être prescrite systématiquement en cas de défaut de mobilité cervicale, en complément des conseils de repositionnement chez le nourrisson présentant une DCP constituée.”

 “Plus le traitement est prescrit tôt (durant le premier mois de vie), plus les chances de normalisation sont importantes.”

Introduction

Mécanisme

           La plagiocéphalie positionnelle est due au contact entre une zone unique du crâne et une surface rigide pendant une période prolongée, freinant la croissance osseuse de cette zone. La plagiocéphalie est donc la conséquence d’une immobilité sensorimotrice (De Bock, Braun, et Renz-Polster 2017) : il convient de rechercher les causes, intrinsèques (inconfort, pathologie, atteinte neurologique…) et/ou extrinsèques (environnement…), de cette immobilité initiale.

Sommaire

Asymétrie posturo-motrice

            Dans la majorité des cas, la plagiocéphalie est consécutive à une asymétrie motrice et/ou posturale (anciennement appelé Torticolis), caractérisé par une rotation et une inclinaison controlatérale de la tête. Cette asymétrie peut être d’ordre musculaire (tension ou rétraction d’un SCOM), mais aussi posturale (Boere-Boonekamp et van der Linden-Kuiper LT 2001), forme qui présente la prévalence la plus fréquente, tout en étant la moins prise en compte lors des examens médicaux.

Dépistage

En effet dans ce cas, l’examen clinique ne révèle pas de tension musculaire, pour autant le nourrisson passe plus de 75% du temps en rotation céphalique d’un même coté. Différents éléments peuvent expliquer ce phénomène, notamment la position intra-utérine, les contraintes lors de l’accouchement, une période d’alitement de la maman lors du dernier mois de grossesse… un asymétrie motrice et postural peut également être un signe précoce d’atteinte neurologique, pouvant mener à un diagnostic de Paralysie Cérébrale dans les mois/années suivante.

Pour dépister une asymétrie posturale, il convient d’interroger les parents quant au positionnement de leur nourrisson au quotidien, et de réaliser un suivi visuel ou auditif sur toute l’amplitude de rotation céphalique (et non rechercher uniquement la fixation visuelle) : le nourrisson décrochera alors sans aller dans toute l’amplitude.

Prise en charge

            Or, la résolution d’une asymétrie posturale est rarement spontanée. Une orientation précoce vers une prise en charge kinésithérapique permet de proposer au nourrisson des stimulations sensorimotrices précoces, des expériences de rotations céphaliques symétriques, et d’accompagner les parents afin de permettre une continuité à domicile. La prise en charge d’une asymétrie dès sa détection permet d’agir avant que le crâne ne présente une déformation (plagiocéphalie et/ou brachycéphalie).

            La précocité de la prise en charge d’une asymétrie posturale est le principal critère de réussite (Nichter 2016): une PEC avant 1 mois de vie permet à 98% des nourrissons de retrouver une mobilité sans anomalie à 2,5 mois. Au contraire pour une PEC débutée après 6 mois, 9 à 10 mois de séances sont nécessaires, avec un risque d’anomalie de mobilité cervicale important.

Plagiocéphalie : fréquence et devenir

            Actuellement, 20 à 30% des nourrissons présente une plagiocéphalie entre 0 et 2 ans.

La plagiocéphalie est loin d’être une atteinte bénigne : au-delà de l’atteinte esthétique (non négligeable dans notre société), et selon le degré de gravité, on peut retrouver (Hutchison, Stewart, et Mitchell 2009) une modification de la motricité globale, des troubles de la motricité fine, une désaxation de l’articulation temporo-mandibulaire, ou encore des troubles ophtalmiques.

            La plagiocéphalie est un marqueur du trouble du développement (Collett et al. 2013) qu’il convient de traiter, d’autant que la prise en charge rééducative précoce permet de n’engendrer aucune conséquence au long cours (Ohman et Beckung 2013).

 

La prise en charge en Kinésithérapie

            La prise en charge kinésithérapique consiste tout d’abord en une anamnèse détaillée des habitudes de vie de l’enfant, de son environnement, et une explication du mécanisme de la plagiocéphalie aux parents, qui sont souvent largement désinformés par les différents médias. Un bilan neuromoteur d’Amiel-Tison détaillé est ensuite réalisé afin de relever les anomalies ; le plan de rééducation est ensuite défini. La déformation est mesurée par plagiocéphalométrie (bande de thermoformable basse température) afin d’évaluer le degré de gravité, et de permettre un suivi de l’évolution.

            Les séances consistent (Kaplan, Coulter, et Fetters 2013) en un positionnement non invasif adapté (mise en forme du corps en enroulement, rassemblement des membres…), un handling approprié, des propositions d’expériences sensorimotrices actives orientées vers le coté sous-utilisé (sollicitation des 5 sens par matières variées, sons, lumières…), et un accompagnement des parents (installations à domicile, portage, jeu avec le nourrisson en fonction de ses compétences…). L’objectif est d’obtenir une motricité symétrique, des manipulations et des rotations céphaliques bilatérales équivalentes en quantité et en qualité, une automatisation des rotations céphaliques, afin de les retrouver lors du sommeil. Le report des appuis crâniens spontané par le nourrisson permet alors une croissance du crâne du coté plat, et une harmonisation de la forme du crâne à moyen terme (récupération de 1 à 3 mm de différence de longueur oblique par mois en moyenne).

 

Efficacité et Orthèse Crânienne

            L’efficacité de la prise en charge kinésithérapique a été évaluée chez les nourrissons de 7 semaines avec une recommandation de Grade 1 (Baird et al. 2016). A l’inverse, la prise en charge ostéopathique – bien que complémentaire de la rééducation kinésithérapique dans certains cas – n’a présenté jusqu’alors aucune preuve scientifique de son efficacité.

 

            Enfin, si le traitement par orthèse crânienne est efficace chez les nourrissons présentant une déformation sévère, il ne s’agit en aucun cas d’un traitement de première intention. L’orthèse crânienne peut être mise en place à l’âge de 6,5 mois, mais pas après 9 mois. Il s’agit d’un moyen couteux et contraignant, de dernier recours, envisageable uniquement en cas d’échec de la rééducation.

 

Bibliographie

Baird, Lissa C., Paul Klimo, Ann Marie Flannery, David F. Bauer, Alexandra Beier, Susan Durham, Alexander Y. Lin, et al. 2016. « Guidelines: Congress of Neurological Surgeons Systematic Review and Evidence-Based Guideline for the Management of Patients With Positional Plagiocephaly: The Role of Physical Therapy ». Neurosurgery 79 (5): E630‑31. https://doi.org/10.1227/NEU.0000000000001429.

Boere-Boonekamp, M. M., et L. T. van der Linden-Kuiper LT. 2001. « Positional Preference: Prevalence in Infants and Follow-up after Two Years ». Pediatrics 107 (2): 339‑43. https://doi.org/10.1542/peds.107.2.339.

Collett, Brent R., Kristen E. Gray, Jacqueline R. Starr, Carrie L. Heike, Michael L. Cunningham, et Matthew L. Speltz. 2013. « Development at Age 36 Months in Children With Deformational Plagiocephaly ». Pediatrics 131 (1): e109‑15. https://doi.org/10.1542/peds.2012-1779.

De Bock, Freia, Volker Braun, et Herbert Renz-Polster. 2017. « Deformational Plagiocephaly in Normal Infants: A Systematic Review of Causes and Hypotheses ». Archives of Disease in Childhood 102 (6): 535‑42. https://doi.org/10.1136/archdischild-2016-312018.

Hutchison, B, Alistair Stewart, et Edwin Mitchell. 2009. « Characteristics, head shape measurements and developmental delay in 287 consecutive infants attending a plagiocephaly clinic ». Acta paediatrica (Oslo, Norway : 1992) 98 (juillet): 1494‑99. https://doi.org/10.1111/j.1651-2227.2009.01356.x.

Kaplan, Sandra L., Colleen Coulter, et Linda Fetters. 2013. « Physical Therapy Management of Congenital Muscular Torticollis: An Evidence-Based Clinical Practice Guideline: From the Section on Pediatrics of the American Physical Therapy Association ». Pediatric Physical Therapy: The Official Publication of the Section on Pediatrics of the American Physical Therapy Association 25 (4): 348‑94. https://doi.org/10.1097/PEP.0b013e3182a778d2.

Nichter, Stephanie. 2016. « A Clinical Algorithm for Early Identification and Intervention of Cervical Muscular Torticollis ». Clinical Pediatrics 55 (6): 532‑36. https://doi.org/10.1177/0009922815600396.

Ohman, Anna, et Eva Beckung. 2013. « Children Who Had Congenital Torticollis as Infants Are Not at Higher Risk for a Delay in Motor Development at Preschool Age ». PM & R: The Journal of Injury, Function, and Rehabilitation 5 (10): 850‑55. https://doi.org/10.1016/j.pmrj.2013.05.008.

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