Mon bébé ne tourne pas la tête des deux cotés

L'Asymétrie posturo-motrice du Nourrisson ou Torticolis Postural

Guillaume COLLET

Kinésithérapeute Pédiatrique D.E. - Rouen

Bien que la longueur de la page puisse être décourageante, nous vous invitons à lire l’ensemble, pour bien saisir les tenants et les aboutissants !

A noter que cette page est créée dans le contexte de confinement lié au Coronavirus-CoVid19 ; elle n’a pas vocation a remplacer une prise en charge kinésithérapique, qui sera plus individualisée à votre nourrisson, et plus efficace ; mais seulement à donner quelques outils aux familles en l’absence de prise en charge actuelle.

Sommaire

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L'Asymétrie posturo-motrice ou Torticolis Postural

Qu'est-ce que c'est ?

On entend souvent parler de Torticolis du nourrisson. On différencie habituellement 3 types de Torticolis Congénitaux

  • Le Torticolis avec contracture : le “vrai” torticolis, visible dès la naissance, avec parfois une petite boule palpable au niveau du cou du nourrisson. Le bébé ne peut pas tourner la tête d’un côté.
  • Le Torticolis avec Tension : pas de masse palpable, mais le bébé ne peut pas tourner la tête d’un côté.
  • Le Torticolis Postural : le bébé peut tourner la tête des 2 cotés, mais reste tout de même d’un seul coté.

Le fait d’utiliser le même nom amène une confusion : le mot Torticolis laisse penser qu’il s’agit d’un muscle “raide” ou “coincé” comme chez l’adulte, ce qui vrai pour les 2 premiers, mais pas pour le Torticolis Postural : dans ce troisième cas il s’agit plutôt d’une habitude motrice prise par le nourrisson.

C’est pourquoi nous préférons le nom “Asymétrie Posturo-Motrice”. Bien qu’un peu longue, elle décrit mieux le phénomène : le bébé peut tourner la tête des 2 cotés – quand il perçoit une stimulation intéressante (papa, maman, ou le chat qui passe, une lumière qui bouge…) – pour autant il conserve une attitude préférentielle d’un coté.

Torticolis Musculaire Congénital avec Rétraction

PTAC

Posture en rotation-inclinaison typique d’une asyétrie posturo-motrice. Dans ce cas le nourrisson tourne rarement à gauche.

Quel sont les signes indiquant une Asymétrie ?

Plusieurs signes indiquent que votre nourrisson présente une asymétrie posturo-motrice :

  1. Bébé tourne la tête des deux côtés mais moins souvent et longtemps d’un côté que de l’autre
    • Il reste la tête tournée du même côté plus des 3/4 de son temps (jour et nuit)
    • Pourtant, il peut tourner la tête de lui-même, de temps à autre, du côté opposé
    • Lorsqu’il tourne du côté opposé, on a l’impression qu’un “élastique” le ramène de son côté préférentiel, après quelques secondes généralement
  2. Bébé tourne la tête des deux côtés mais moins loin d’un côté que de l’autre
    • le menton touche voire dépasse l’épaule d’un côté, mais pas de l’autre
  3. Bébé utilise davantage un coté que l’autre
    • il bouge plus un bras (“gigottement”, main à la bouche, regarde sa main…)
    • il tient mieux un objet qu’on lui place dans la main (avant 2,5 mois)
    • il saisit mieux avec une main que l’autre (après 2,5 mois)
    • parfois l’une des jambes “gigotte” plus que l’autre
  4. En cas d’allaitement, il est possible qu’un sein soit beaucoup plus difficile à prendre que l’autre
  5. Parfois, on note une attitude en « Virgule » de l’ensemble du corps, ou une épaule surélevée
  6. Une tonsure (perte des cheveux sur l’arrière du crâne, normale chez le nourrisson, elle est liée au frottement du crâne sur le sol quand il bouge) non symétrique
    • normalement en forme de « banane » si bébé tourne des deux cotés
    • Elle sera plus marquée et grande du côté préférentiel, absente du côté non utilisé
 

En présence d’un ou plusieurs de ces éléments, un bilan kinésithérapique complet est nécessaire, afin d’évaluer la nécessité d’une prise en charge.

Bébé en virgule
Bébé en "virgule"
La tonsure du nourrisson doit être symétrique, en "banane" habituellement
La tonsure du nourrisson doit être symétrique, en "banane" habituellement

Est-ce grave ?

Une asymétrie posturale seule, sans autre signe d’alerte – notamment durant la grossesse et/ou l’accouchement – est généralement sans gravité et transitoire : elle se résorbe naturellement, dans certains cas avec rééducation, parfois sans avoir besoin de recourir à la kinésithérapie.

Le médecin qui effectue le suivi de votre enfant pourra vous proposer un bilan kinésithérapique complet afin de déterminer la présence ou non de facteurs invitant à débuter une prise en charge.

D'où vient cette habitude ?

Il s’agit dans la plupart des cas d’une habitude prise durant la grossesse : bébé ne “veut” pas tourner la tête et ne “sait” pas le faire, car il a passé, durant les derniers mois de grossesse, plusieurs mois à l’étroit, la tête tournée d’un côté.

Il a pris l’habitude d’être dans cette position, a découvert son environnement de ce côté (il tétait sa main, touchait autour de lui, entendait davantage de bruits d’un coté, “voyait” plus d’un coté… dans et à travers le ventre de sa mère) : il ne cherche pas à en changer une fois né.

En effet, déjà fatigué de l’accouchement, il doit désormais respirer, s’alimenter, digérer, réguler sa température, gérer la pesanteur, absorber toutes les stimulations de son environnement… il reste donc du côté qu’il connait.

Bien souvent, les parents repèrent tôt l’habitude prise par leur nourrisson de rester la tête tournée du même coté : parfois dès la maternité, ou dans les 3-4 premières semaines de vie.

Quel examen est nécessaire ?

Tout d’abord, consultez le médecin qui effectue le suivi de votre enfant, en lui mentionnant votre questionnement.

Bien souvent, cette asymétrie passe inaperçu lors de la consultation médicale, car elle n’est pas recherchée spécifiquement. L’examen médical standard recherche en effet la fixation visuelle d’une cible, mais pas sa poursuite en rotation dans toute l’amplitude.

En cas de doute de la part du médecin, un bilan kinésithérapique permet d’objectiver les choses, et de mettre en place si nécessaire une prise en charge.

Quel est le risque à long terme ?

La principale conséquence est l’apparition d’une déformation du crâne, appelée plagiocéphalie. Lorsque le crâne reste en contact prolongé d’un coté, la croissance osseuse est “bloquée” : le crâne ne grandit pas de ce côté, tandis que l’autre côté continue de croître ; un aplatissement se forme en conséquence.

Dans le cas où le nourrisson conserve cette habitude plusieurs mois, des asymétries peuvent apparaitre également aux différentes phases du développement moteur global (retournements d’un seul côté, ramper avec un seul bras, moins d’appui d’un côté à 4 pattes), et en motricité fine (davantage d’utilisation d’une main), la coordination peut aussi s’avérer peu performante.

En quoi consiste la prise en charge en kinésithérapie ?

Principe

Certains nourrissons “résorbent” spontanément cette asymétrie quelques jours après la naissance, avec l’aide de leurs parents. D’autres ont plus de difficultés : dans ce cas une prise en charge en kinésithérapie est nécessaire.

A noter que plus la prise en charge débute précocement, plus elle est courte et efficace.

La prise en charge kinésithérapique, qui doit être poursuivie à domicile, s’effectue en 3 temps :

  1. S’assurer que l’enfant peut effectuer des rotations de tête complètes
  2. Libérer la motricité de l’enfant
  3. Stimuler la motricité de l’enfant pour en rétablir la symétrie

L’objectif de cette rééducation est d’amener l’enfant à tourner par lui même la tête du coté non exploré, à automatiser ces rotations, de manière à les réaliser au début selon les stimulations qu’un tiers (parent, thérapeute, assistante maternelle) lui propose, puis en éveil spontanément.

Lorsque ces rotations seront réalisées fréquemment et spontanément, sans stimulation spécifique, quand le bébé se sera suffisamment “entrainé”, il les réalisera également dans son sommeil : la motricité du nourrisson sera alors considérée comme symétrique.

La temporalité est variable d’un bébé à l’autre, selon l’âge de début de rééducation, et selon la continuité à domicile. Généralement l’automatisation en éveil est acquise en 3 à 6 semaines, quelques semaines plus tard on retrouve des rotations durant le sommeil. 

Il s’agit d’une rééducation qui se doit de suivre le rythme du développement de l’enfant, elle dure donc plusieurs semaines à mois.

1. S'assurer que l'enfant peut effectuer des rotations de tête complète

Il s’agit de vérifier les longueurs musculaires : le nourrisson parvient il à tourner la tête aussi loin d’un coté que de l’autre par lui même, lorsqu’il explore son environnement ?

En l’aidant, en douceur, avec une main sous sa tête, son menton dépasse-t-elle son épaule de chaque coté ? Manifeste-t-il un inconfort d’un coté ?

Cela va donner une indication sur les moyens à mettre en oeuvre : une asymétrie sans rétraction musculaire va se traiter uniquement avec des séances de stimulations sensorimotrices et une continuité à domicile.

En cas de rétraction de longueur, une posture nocturne avec appareillage sur mesure (matelas cervico-céphalique) peut être envisagée. C’est votre kinésithérapeute qui pourra juger cela nécessaire, en concertation avec un Chirurgien Orthopédique Pédiatrique.

Poursuite
Poursuite aidée

2. Libérer la motricité de l'enfant

Pour que l’enfant bouge, il faut qu’il puisse bouger ! Surtout si – de lui-même – bouger est rendu difficile par une asymétrie posturo-motrice. 

Le temps passé en installation contraignante doit donc être le plus réduit possible ; préférez les principes de motricité libre.

Demandez-vous toujours, en regardant votre nourrisson : “si il voulait bouger, le pourrait-il ?”. Si la réponse est “non”, demandez vous comment vous pourriez l’installer autrement.

Car il existe des alternatives :

Transat

Souvent utilisé comme “anti-reflux” après un biberon, son efficacité n’a jamais été prouvé ! Vous pouvez tout à fait mettre votre nourrisson au sol juste après le biberon.

    • Si il régurgite sans montrer de signe d’inconfort, c’est un reflux naturel du nourrisson, davantage pénible pour les parents, qui nettoient, que pour le nourrisson.
    • Si il est inconfortable, ce n’est pas le transat qui va résoudre le problème du Reflux Gastro-Oesophagien ! Parlez en plutôt à votre médecin pour mettre en place un traitement adapté.

Vous ne voulez pas le mettre immédiatement au sol ? Un temps en portage (écharpe, porte bébé, dans les bras) favorisera davantage la digestion que le transat !

Tapis jeux
Portage

Cosy

C’est un siège auto, il doit rester DANS la voiture ! Il n’a aucune raison d’en sortir.

Sortez le bébé du cosy, mais laissez le cosy dans la voiture !

Vous pouvez installer votre bébé

  • en portage (écharpe ou porte bébé),
  • ou en poussette :
    • nacelle généralement avant 4-5 mois
    • ou “hamac“, parfois appelée “assise“, en position la plus allongée possible, en relais de la nacelle vers 4-5 mois

Ainsi, votre bébé sera libre de bouger !

Poussette Hamac

Cale-tête en sommeil

Inutile, à retirer d’urgence. C’est le bébé qui tournera la tête de lui même, inutile de lui tourner la tête passivement.

Cocoonababy

Un enfant ayant besoin de contenance (qui se réveille brusquement par exemple, en raison de Réflexes de Moro) pourra être emmailloté, ou installé de manière adaptée (Attention, les installations en sommeil doivent être évoquées avec le kinésithérapeute effectuant la prise en charge ; une mauvaise installation peut être dangereuse pour le nourrisson).

Sommeil
Emmaillotage

Tapis au sol

Un nourrisson a besoin d’être installé au sol, sur un tapis ferme et confortable.

Un tapis d’éveil (mou, type couette) peut-être utilisé, mais ne permet pas au nourrisson de prendre des appuis au sol pour bouger. De même, une arche peut être utilisée à partir de 5 mois environ (très peu utile plus jeune), placée au dessus du nombril du nourrisson, pour l’inciter à remonter les jambes et à taper dans les jouets, mais n’est pas intéressante avant cet âge, car elle ne va que limiter l’exploration de l’environnement.

L’idéal reste un tapis de motricité, suffisamment épais, imperméable pour être facilement nettoyé, pliable pour être rangé une fois que bébé dort… Nous vous conseillons 2 modèles, dont la qualité est satisfaisante : Wesco et Ikéa

Méfiance envers les “dalles puzzle”, dont la composition peut être toxique, selon la marque et la provenance…

Tapis Ikéa Plufsig

3. Stimuler la motricité de l'enfant pour en rétablir la symétrie

Bébé est désormais bien installé au sol, libre de bouger. Mais il ne va pas soudainement tourner la tête du coté qu’il a négligé depuis plusieurs semaines, voire mois ; il va falloir l’aider !

Il est important de se souvenir que le développement du nourrisson est sensorimoteur, c’est à dire que sa motricité se développe en réponse aux stimulations sensorielles de son environnement.

Nous allons donc chercher à surprendre bébé, en lui proposant des expériences sensorielles du côté le moins utilisé (quelques idées de jouets ici) :

  • visuelles : attention, la vision est le seul sens immature à la naissance, il se développe progressivement jusqu’à 12 mois. Plus le nourrisson est jeune, plus il voit flou, en noir et blanc, et proche. Il perçoit tout de même bien les lumières surtout dans la pénombre, et les contrastes
Vision Nourrisson
  • auditives : les nourrissons sont passionnés par les bruits ; hochet, maracas, clochettes, tambourin, baton de pluie, livre sensoriel qui “crépite”…
  • tactile : hochet en plastique bien sur, mais pas seulement ! Du bois, du métal (petite cuillère, clochettes), des tissus variés, des textures “gluantes“, du coton mouillé, un sachet de compresse…
  • odorat : une écharpe de maman, un t-shirt de papa… ou l’inverse !
  • goût : n’empêchez pas le nourrisson de porter les jouets à la bouche (en restant en toute sécurité bien sur : pas de petit morceau) ! Cela fait partie des explorations nécessaires.
  • vibrations : les enfants sont sensibles à cette sensation. Certains anneaux de dentition sont intéressants.

La seule stimulation que nous n’utiliserons pas : les écrans !

Ils sont au contraire délétères : ils empêchent le bon développement du système visuel, favorisant l’apparition de troubles visuo-spatiaux. Par ailleurs, un nourrisson qui joue dans une pièce avec la télévision allumée, même sans la voir, aura une motricité ralentie, moins variée, car le son suffira à le déconcentrer, il cherchera d’où proviennent les voix, la musique qu’il entend, sera surpris par l’augmentation du son de la publicité…

Clochette

En pratique : jouer avec bébé

Les vidéos, réalisées dans le cadre d’une prise en charge et non à destination spécifique de cette page, ne comportent pas de son ; merci de votre compréhension

Quelle installation proposer à votre bébé ? Quelles stimulations ? Voici quelques idées. 

Il est indispensable que la tenue de bébé soit assez souple pour pouvoir bouger : pas de vêtement trop serrés ou trop petits : le confort passe avant la mode ! L’idéal est de le mettre en body, à condition que la pièce soit assez chauffée

Assis dans votre canapé, ou votre lit, les jambes repliées, installez votre bébé face à vous. Il sera probablement curieux de vous regarder, ce qui amènera déjà sa tête dans l’axe. Prévoyez une variété de jouets à coté de vous : faites lui écouter des sons du coté à stimuler, caressez doucement son bras ou sa main avec des textures différentes…

Cette position est particulièrement intéressante pour les bébés jusqu’à 2-3 mois, elle favorise l’interaction, les nourrissons acceptent généralement de rester plus longtemps qu’au sol.

Au sol, bébé allongé sur le dos, vous pouvez vous mettre face à lui. Prévoyez ici aussi des jouets à lui faire écouter, regarder, sentir, toucher doucement en lui frottant sur le bras, la main, la joue. Incitez le à tenir les objets en lui plaçant dans la main, ou à saisir par lui même si il a plus de 3 mois.

Sur le ventre, bébé sollicite son tonus, en se redressant, ce qui est essentiel pour son développement moteur, et lui permettra de bouger davantage de manière générale, ce qui nous intéresse dans le cadre de la plagiocéphalie.

Mais cette position peut être fatigante à son âge ! Il faut donc faire diversion et l’encourager. Aidez bébé à se tourner du dos vers le ventre en repliant l’une de ses jambes (Voir Vidéo), puis gardez une main sous son thorax, ce qui réduira les contraintes sur ses épaules, qui sont fragiles (supportez vous longtemps de rester sur le ventre, à la plage par exemple ?) : c’est le redressement de sa tête et de son dos qui nous intéresse, et non le renforcement de ses épaules.

Placez un miroir face à lui, cela l’intéressera s’il parvient à redresser suffisamment la tête, un livre sensoriel sous les mains et/ou un bâton de pluie peuvent également l’occuper. Et encouragez-le !

S’il pleure, retournez sur le dos ; le ventre ne doit pas être une mauvaise expérience !

Combien de temps jouer avec bébé ? Le temps qu’il veut bien ! 5min, 10, 20, 30… Il vous dira quand il en a assez ! N’hésitez pas à renouveler des sessions de jeu plusieurs fois par jour, dès que bébé est éveillé et calme (ni faim ni sommeil) !

Conclusion

L’asymétrie posturo-motrice ne présente pas de prime abord de caractère de gravité. 

Il est cependant nécessaire de la résoudre rapidement et le plus tôt possible.

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