Le "Syndrome" de Kiss

Le contenu de cette page est largement issu des publications de To Be Or Not Toubib, page Facebook réalisée par un pédiatre urgentiste, que nous vous conseillons vivement de suivre : ses posts sont à la fois très documenté, accessibles, et drôle. De quoi voir la pédiatrie sous un autre angle !

Vous retrouverez l’un des posts en question ici.

Origine

Le syndrome de Kiss a été défini par un médecin allemand, Herr Heiner Biedermann.
KISS signifie « Kopfgelenk Induzierte Symmetrie Störungen », en gros un « Troubles de symétrie induits de la jonction crânio-cervicale ». Ce nom compliqué a principalement pour but de donner une impression de sérieux…
Ce syndrome regroupe une multitude de symptômes, tous très fréquents chez le jeune enfant :
Une maladie “fourre-tout” sans aucun symptôme spécifique finalement…
Ce soi-disant syndrome regroupe tellement de symptômes à lui seul que 99% des bébés peuvent être considéré comme affectés…

L’origine du problème selon les tenants du KISS proviendrait d’un conflit (subluxation) vertébral de l’étage cervical.

 
Nourrisson "en virgule" ; position relativement habituelle chez le nourrisson en sommeil...
Problème : 
  • Aucune étude scientifique ne vient étayer ce syndrome !
  • Celles qui s’intéressent à la thérapie manuelle sur les bébés se concluent de la même façon : pas d’efficacité (Brand, 2005) !
  • Aucune donnée n’est disponible sur le syndrome ET le traitement dans le monde scientifique/médical. Ce ne sont que des témoignages. Témoignages qui, comme chacun le sait, n’ont aucune valeur de preuve en science médicale.
  • Aucun livre d’enseignement facultaire pédiatrique n’en parle à l’heure actuelle ! Et pour cause : il n’y a aucun étayage scientifique…
  • Les radiologues pédiatriques sont catégoriques : il est strictement impossible de visualiser ce type de conflit vertébral sur une radiographie standard. Un scanner est nécessaire pour cela, or cette technologie est extrêmement irradiante…
Conclusion : en réalité, le syndrome de KISS n’existe pas ! 
 
Ce qui ne signifie pas que les bébés “diagnostiqués” Kiss vont parfaitement bien !
Oui, des symptômes peuvent exister, mais cela ne forme pas pour autant un Syndrome. 
Et oui, beaucoup de choses peuvent être proposées en traitement, mais pas de thérapies “miracles” hors de prix…

Effet de mode et d'opportunisme

 
Le Syndrome de Kiss est actuellement très à la mode : une multitude de “thérapeutes”, chiropracteurs, ostéopathes et autres (parfois Médecins, sic…) vendent littéralement cette pathologie à des parents épuisés de certains symptômes de leurs enfants (et cela à juste titre !).
Ces “thérapeutes”, souvent peu scrupuleux, profitent des parents désespérés devant des symptômes difficiles à soigner ou dus à l’immaturité de leur enfant (ce qui est plutôt logique, l’enfant est encore en croissance à cet âge, le système nerveux, le système digestif, l’ossification ne sont pas matures).
 
Les séances proposées ne sont bien sûr pas remboursées par la Sécurité Sociale, or les tarifs sont souvent exhorbitants (plusieurs centaines d’euros par séance, avec un traitement en plusieurs séances…)
Il s’agit là d’exploiter la détresse des parents qui sont victimes de cette arnaque autour de bébés qui souffrent bel et bien, des coliques du nourrisson (douleurs digestives), des torticolis congénitaux / d’asymétrie posturomotrice, et autres RGO…
 
Encore une fois : ces symptômes sont réels ! Mais l’assimilation à un Syndrome (avec le caractère de gravité qui va avec le nom), et  le traitement proposés, sont en décalage avec la réalité.
Des prises en charge sérieuses, étayées et validées scientifiquement, prises en charge par la Sécurité sociale, sont possibles !
 
Attention : des investigations médicales par de véritables professionnels de santé, voire en centre hospitalier peuvent être nécessaire ; un retard diagnostique peut être catastrophique ! Happle & al. (2009) expose le cas de deux enfants suivis pour un KISS, qui présentaient en réalité une tumeur cérébrale !

Traitements

Les traitements proposés reposent souvent sur des manipulations cervicales.
La question de la formation du thérapeute se pose alors, car ce type de pratique comporte de sérieux risque pour le bébé ! Les manipulations cervicales sur un nourrisson de moins de 6 mois sont d’ailleurs interdites pour les ostéopathes n’étant pas par ailleurs professionnel de santé (médecin, kinésithérapeute), sauf production d’un certificat médical de non contre-indication.
  • Les risques d’une manipulation cervicale sont documentés et peuvent conduire à la dissection des artères cervicales, et aller jusqu’au décès de l’enfant, en passant par des épisodes d’apnée, des malaises, et une modification du rythme cardiaque…

Une Revue Systématique (Brand, 2005) s’est intéressée aux effets des thérapies proposées aux enfants étiquetés “Kiss”, le résultat est édifiant :

  • Aucun essai clinique (randomisé controlé) évaluant les effets de la thérapie manuelle ou de l’ostéopathie sur le syndrome de Kiss ou ses symptomes n’a été trouvé.
  • L’analyse groupée de deux essais cliniques randomisés sur les effets de la chiropraxie sur les coliques infantiles n’a montré aucune différence statistiquement significative entre les traitements actifs et controle.
  • 22% des nourrissons présentaient de courts épisodes d’apnée lors d’une thérapie manuelle de la colonne vertébrale, et qu’un cas a été décrit dans lequel une telle apnée a entraîné la mort.
Alors que faire pour aider votre bébé inconfortable ?
  • Rappelons que les “coliques” du nourrisson, c’est à dire les douleurs digestives (parce que le système digestif de bébé n’est pas mature à la naissance) n’ont pas de traitement miracle… le massage abdominal, les bouillottes de chaud, le portage en écharpe peuvent aider… 
  • En cas de reflux gastro-oesophagien, des traitements anti-reflux  discuter avec le pédiatre/gastro-pédiatre/allergologue : épaississement du lait, verticalisation par portage en écharpe, éviction des protéines de lait de vache si besoin, Gaviscon, Polysilane, Inexium le cas échéant…
  • Une asymétrie posturomotrice (souvent mal appelée “torticolis”) doit être prise en charge par un.e kinésithérapeute formé
  • En cas de plagiocéphalie, la prise en charge kinésithérapique doit être mise en place en première intention (Recommandations HAS 2020)
  • Posture en virgule, C, tordus / hyperextension : kinésithérapie, portage en écharpe si le nourrisson a développé une activité motrice en hyperextension majoritairement. Une posture en sommeil non à plat, qui peut paraitre inconfortable à l’oeil de l’adulte, n’est cependant pas nécessairement problématique.
  • pleurs intenses : le portage a souvent un effet bénéfique ! Atelier de portage en écharpe avec kinésithérapeute ou sage-femme !

A chaque symptômes des éléments de réponse peuvent être proposés ! Adressez vous à des professionnels de santé, reconnus comme tels par la Sécurité Sociale et les instances gouvernementales.

Conclusion

Le Syndrome de Kiss est caractéristique d’une FakeMed : des symptomes très fréquents et non spécifiques sont regroupés en un Syndrome, présenté par des discours alarmistes MAIS proposant une solution miracle, certes coûteuse, mais tellement efficace. Cette solution – non prouvée par une étude scientifique rigoureuse – est largement médiatisée et soutenue par des témoignages “cela a sauvé mon bébé”, “il ne pleure plus depuis”,  ce qui n’a aucune valeur dans la mesure où aucun éléments concernant des modification concomitante de l’environnement n’est apporté, la valeur statistique n’est pas chiffrée, et aucun groupe contrôle n’existe. 

 

Une dernière fois : si votre bébé est inconfortable, voire en souffrance, consultez ! Si le professionnel qui vous reçoit ne vous semble pas tenir compte de votre alerte, demandez un second avis ! Des solutions peuvent être proposées à chaque symptômes.

L’Association des Kinésithérapeutes Pédiatriques du Territoire Normand

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